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Commentaires à bâtons rompus des participant-e-s à la séance ‘Guests on the Wire’ sur le thème du Forum social mondial, des espaces internationaux et au-delà

En dépit d’un débat houleux sur sa productivité ou non en tant qu’espace pour aider les mouvements à mettre en œuvre le changement social sur le terrain, le Forum social mondial (FSM) est un espace apprécié des organisateurs et des activistes qui luttent pour la justice sociale. Certain-e-s activistes estiment qu’il est désorganisé et rassemble trop de perspectives pour donner une idée claire et déboucher sur une action concrète, tandis que d’autres sont convaincu-e-s que les affrontements et les discussions rendent les choses plus claires et favorisent la formation de partenariats atypiques. Avec la tenue de grandes conférences internationales et des processus tels que la Commission de la condition de la femme, Rio +20 et la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), la Plateforme des jeunes féministes a estimé qu’il était grand temps de créer un e-espace où les jeunes femmes activistes puissent réfléchir à l’utilité de l’engagement et des stratégies de plaidoyer internationales pour les droits des femmes et les mouvements de jeunesse dans le monde entier, et à la façon dont le FSM pourrait réaliser le changement dans la mesure où il a été stratégiquement organisé en Tunisie cette année, premier pays arabe qui a connu une révolte massive débouchant sur le renversement de la dictature et entraînant une série de révoltes dans toute la région.

Avant le Forum social mondial, Nelly Bassily, co-modératrice de la Plateforme des jeunes féministes, a participé à et co-animé un atelier sur la justice de genre, organisé par Oxfam International Youth Partnership (OIYP), un réseau mondial de jeunes œuvrant à des questions de justice sociale. Elle a ensuite assisté au Forum social mondial (FSM) organisé fin mars à Tunis, en Tunisie. La formation réunissait des jeunes activistes du monde entier travaillant à diverses questions, pour étudier et présenter au Forum social mondial les manières dont les systèmes politiques, sociaux et économiques influencent les droits des femmes et des jeunes.

Nelly a invité trois partenaires d’OIYP à la séance de la Plateforme Guests on the Wire, qui a eu lieu le mercredi 29 mai 2013, pour réfléchir à l’importance du FSM et à leurs expériences : Thobani Kenneth Sojola d’Afrique du Sud, Damary Martinez de Colombie et Fadoua Ben Taher et dix participant-e-s du monde entier, notamment d’Équateur, du Pakistan, du Bangladesh, d’Inde, de Bolivie et d’Espagne, sont venu-e-s s’y ajouter. L’e-séance s’est déroulée en espagnol et en anglais ; des bénévoles se sont chargé-e-s de traduire d’espagnol en anglais et inversement.

Le Sud-Africain Thobani travaille comme animateur dans plusieurs forums axés sur les questions de genre, parmi les femmes et les jeunes, pour faire naître une voix collective sur la justice de genre.

Damary, une activiste queer colombienne, se bat pour promouvoir et protéger les droits humains des femmes et des minorités sexuelles en participant à plusieurs collectifs.

Fadoua, professeur d’anglais à l’université de Sfax en Tunisie, a participé à la révolution tunisienne qui a contribué à renverser l’ancien président Ben Ali.

Nous avons commencé par nous présenter rapidement à l’aide de la boîte de dialogue et de la fonction audio. Ensuite, les orateurs-trices se sont présenté-e-s et ont exposé leurs impressions du Forum social mondial et de son importance en tant qu’espace pour transformer leur activisme.

Pour Thobani, le Forum social mondial est un espace magnifique pour étendre ses réseaux. Il est utile pour les jeunes, non seulement pour nouer des liens avec d’autres organisations et activistes qui font un travail comparable, mais aussi pour échanger des histoires et des stratégies qui ont fait leurs preuves. Il estime que certains des liens qu’il a noués au Forum social mondial l’ont aidé à former des partenariats et échanger des connaissances sur la formation des jeunes femmes, pour changer leur attitude et leur comportement à l’égard des femmes. Il est resté en contact avec deux associations qui projettent d’organiser des ateliers ensemble à l’échelon national.

Damary a confirmé les dires de Thobani concernant la force des liens, ajoutant que le Forum social mondial, en guise d’espace, a un potentiel énorme pour le renforcement des mouvements. Même si elle le trouve trop vaste pour formuler des stratégies judicieuses, il reste précieux pour les intersections entre les questions et les régions. Pour Damary, la barrière linguistique constitue un énorme écueil dans l’espace. Elle a assisté à des séances en espagnol et/en portugais, mais qui n’étaient pas axées sur les sujets qui l’intéressent le plus.

Au Forum social mondial, Damary a organisé et animé une séance sur l’économie du sexe, un sujet dont elle pense qu’il est important de l’étudier et l’aborder lors d’une manifestation internationale de cette importance. Elle a également organisé une exposition sur différents thèmes et problèmes des droits des minorités sexuelles. L’exposition présentait des photos destinées à susciter la discussion sur les droits des minorités sexuelles. Comme il s’agit d’un sujet largement contesté et tabou, particulièrement à Tunis, Damary estime qu’il était important d’entamer ces conversations dans un espace international comme le Forum social mondial, qui promettait d’être sûr, inclusif et tolérant. Mais il a été difficile d’empêcher tout jugement et la discussion n’a pas été aussi franche qu’elle espérait. Elle conclut sa réflexion en disant que malgré l’ampleur du Forum social mondial, la désorganisation sur le plan linguistique et logistique, ainsi que l’absence de cohérence de la politique des espaces, les heurts sont importants pour entamer de nouvelles conversations et elle a le sentiment que de légers changements ont été accomplis par la discussion et la conversation.

Fadoua a exposé non seulement son expérience du Forum social mondial, mais aussi celle d’habitante de Tunis et de la façon dont la présence du Forum social mondial influence de changement social. Au début, elle s’est sentie submergée par le nombre d’organisations et de groupes qui plaidaient pour un large éventail de questions sociales. Elle a été surprise aussi par le nombre de jeunes qui sont des agents du changement dans leur vie et leur communauté, avec de grands rêves et une compréhension en profondeur des structures du pouvoir. Elle venait à peine de commencer à saisir les différentes questions sociales et leur intersection, par sa participation à la révolution.

En qualité de professeur à l’université, Fadoua dit qu’elle s’estime chargée de mettre les jeunes en contact avec le Forum social mondial. Le Forum social mondial a créé un buzz à Tunis et les a forcé-e-s à discuter de sujets qui n’étaient pas abordés précédemment. Celui d’Amina par exemple, cette activiste de FEMEN emprisonnée et poursuivie après être apparue seins nus sur une photo qu’elle a fait circuler sur Internet. L’accès à des espaces internationaux permet de découvrir de nouvelles idées et d’entamer un dialogue en ouvrant de nouvelles perspectives.

Après les exposés de tou-te-s les orateurs/trices, Nelly a proposé aux participant-e-s de poser des questions et d’exprimer leurs propres avis concernant l’utilité des espaces internationaux et des stratégies de plaidoyer dans leur activisme.

Andrea, une activiste féministe bolivienne qui milite depuis l’adolescence, est ravie de participer à cette conversation, parce qu’elle n’a guère accès à des forums et des espaces internationaux. Certain-e-s de ses ami-e-s qui ont pu participer, disent qu’il est important d’avoir accès à ces espaces et s’efforcent de relayer les informations et les connaissances acquises. Dans le contexte bolivien, beaucoup de luttes importantes et déterminantes doivent être portées à un niveau international, pour nouer des liens avec d’autres confronté-e-s aux mêmes luttes. Andrea souligne qu’il est important pour les jeunes activistes d’avoir accès à des espaces internationaux.

Tasnuva, une jeune femme qui suit les cours de l’Université des femmes asiatiques au Bangladesh, parle de l’importance des endroits où sont organisés les espaces internationaux, ajoutant qu’ils priment parfois sur les normes sociales et culturelles des contextes locaux où des conversations comparables ne peuvent pas avoir lieu. Les espaces internationaux font alors office de zone tampon, en quelque sorte, pour les sujets tabous. Tasnuva dit que c’est son cours d’études de genre à l’université qui l’aide à exprimer ses idées et à comprendre les problèmes dans une optique féministe. Les espaces internationaux l’aident à parler des questions de genre.

Pour l’équatorienne Kalindy, les espaces internationaux sont importants pour faire progresser l’activisme des jeunes féministes, en particulier sur des questions comme la relation entre les droits en matière de sexualité et de reproduction d’une part et le développement durable d’autre part. D’après Kalindy, les espaces où ces discussions ont lieu sont l’endroit où le changement peut survenir et où plus d’idées se forment quant à la façon de lutter durablement pour les droits en matière de sexualité et de reproduction.

Pour clôturer la séance, Nelly a parlé de son expérience d’exposition à de nouveaux sujets au cours d’une formation internationale sur la justice de genre, où sa co-animatrice établissait un lien entre les difficultés et l’économie féministe. Nelly a donné l’exemple de sa famille, affectée par un contexte économique qui ne reconnaît pas l’économie des soins et l’importance des femmes qui s’occupent des personnes âgées. Il lui semble important de comprendre les problèmes qui touchent sa vie dans une optique sociale et féministe, et elle a l’impression que c’est cela que les espaces internationaux peuvent apporter aux jeunes activistes.

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