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Les sous-vêtements anti-viol perpétuent la culpabilisation des victimes

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, la Plateforme des jeunes féministes veut mettre en lumière le problème que représente la culture du viol. Mais elle tient également à souligner les initiatives déployées dans le monde entier qui mettent en lumière certains enjeux importants : le harcèlement dans les rues en Inde, la reconquête de l’espace public à l’aide de vélos en Égypte et l’avènement d’une transformation mondiale quant aux attitudes sexistes envers les femmes.

Nelly Bassily, de la Plateforme des jeunes féministes, commente l’engouement que suscitent les dernières « trouvailles » qui ne font que blâmer les victimes. Elle nous parle aussi des remarquables initiatives qui contestent le sexisme et la misogynie.

« Bonjour. Vous est-il arrivé de marcher dans les rues seule le soir et de souhaiter vous sentir plus en sécurité? Et vous, parents et ami-e-s, combien de fois vous êtes-vous inquiétés pour une personne qui vous est chère? Nous voulons offrir un produit qui permette aux femmes et aux filles de se sentir plus en sécurité lorsqu’elles vivent un premier rendez-vous amoureux, sortent en boîte, font de la course le soir, voyagent dans un autre pays ou se trouvent dans certaines situations pouvant présenter des risques. »

Voilà l’introduction d’une vidéo produite par une entreprise appelée AR Wear. Au cas où vous vous posiez la question, oui AR signifie bel et bien anti-rape en anglais, ou anti-viol!

L’entreprise a mené une campagne de financement sur Indiegogo afin de produire et de vous vendre des sous-vêtements définis comme « une confiance et une protection que vous pouvez porter ».

Il semble discutable et plutôt troublant que la prévention du viol se traduise aujourd’hui par des sous-vêtements colorés et indestructibles que VOUS, l’éventuelle victime de viol, devez ACHETER. Bienvenue au capitalisme et au patriarcat qui conspirent pour vous convaincre, encore une fois, qu’en réalité les violeurs n’ont rien à voir avec le viol. Somme toute, il vous suffit de débourser l’argent et de vous protéger à l’aide de nos produits et tout se passera très bien! Merci AR Wear…voilà une excellente méthode de prévention du viol!

Décortiquons l’énoncé d’introduction de la vidéo d’AR Wear.

Vous est-il arrivé de marcher dans les rues seule le soir et de souhaiter vous sentir plus en sécurité?

Mais d’où vient donc cette idée que si vous marchez seule le soir, vous vous sentirez nécessairement en danger? Les victimes de viol ont-elles été attaquées le soir? Oui! Très certainement. Est-ce que cela veut dire que les viols ou les autres formes d’agressions ne surviennent que le soir. Absolument PAS. Nous devons cesser de perpétuer cette notion voulant que la liberté de mouvement des femmes comporte des risques, particulièrement le soir.

Femmes du monde, tendez l’oreille. Vous ne faites rien de MAL en marchant seule le soir. Si jamais un violeur vous attaque le soir… c’est que ce violeur est un être humain monstrueux qui s’en prend à ses victimes lorsque la noirceur est tombée. Soyons bien claires. La plupart des agressions sexuelles ne surviennent pas aux mains d’un inconnu, le soir. Malheureusement, du point de vue statistique, les deux-tiers des agressions sexuelles sont commises par une personne que la victime connait.

Parents et ami-e-s, combien de fois vous êtes-vous inquiétés pour une personne qui vous est chère?

Probablement TRÈS SOUVENT. Mais franchement, nous ne devrions pas alimenter les craintes des parents quant à la sécurité de leurs enfants en nourrissant ces inquiétudes d’allusions à des personnages douteux, qui se planquent à chaque coin de rue et n’attendent que le moment d’attaquer leur victime. Voici une idée originale : pourquoi ne pas éduquer nos garçons à ne pas violer les femmes et à les respecter? Pourquoi ne pas éduquer les filles et les garçons sur le consentement? Leur parler de ce qu’il signifie, de ce à quoi il ressemble et de la sensation qu’il procure.

Offrir un produit qui permette aux femmes et aux filles de se sentir plus en sécurité lorsqu’elles vivent un premier rendez-vous amoureux, sortent en boîte, font de la course le soir, voyagent dans un autre pays ou se trouvent dans certaines situations pouvant présenter des risques.

Cette notion voulant que vous puissiez vous acheter un sous-vêtement stylisé pour vous protéger, c’est acheter et vendre un faux sentiment de sécurité. Pourquoi voudrais-je aller à mon rendez-vous, sortir en boîte, courir ou voyager si je ne me sens en sécurité qu’en portant un sous-vêtement verrouillé? Ce n’est pas du tout rassurant, c’est plutôt terrifiant! Pourquoi les jeunes femmes devraient-elles vaquer à leurs occupations quotidiennes, en regardant constamment derrière elles et en évitant toutes les personnes qu’elles rencontrent? Autant installer des palissades devant les maisons de toutes les jeunes femmes et leur interdire de sortir. Est-ce que nous vivons bien en 2013?

En tant que jeune féministe, je rejette catégoriquement l’idée que je sois une cible ambulante. Mon analyse féministe bien aiguisée me dit que dans les faits, le blâme revient entièrement à ceux qui violent, NON PAS aux éventuelles victimes de viol. J’ai une nouvelle renversante à vous apprendre : les personnes qui sont violées ne l’ont jamais demandé. JAMAIS. Et si vous croyez pouvoir profiter d’un viol potentiel, je ne sais pas où commencer pour expliquer combien cette initiative est malavisée et manque d’éthique. Peut-être les motifs d’AR Wear sont bien fondés mais il n’en reste pas moins que dans un monde où de plus en plus de jeunes femmes sont blâmées d’avoir été violées, je ne veux pas donner aux violeurs une autre porte de sortie qui évite qu’ils soient montrés du doigt.

En revanche, mon analyse féministe bien aiguisée me dit également que les femmes refusent de céder le pas à la culpabilisation des victimes, à la misogynie et au sexisme.

Il existe d’excellents exemples, fort stimulants, où les femmes et les discussions suscitent les changements :

En Inde, Blank Noise, une jeune organisation féministe, NE LAISSE PAS le harcèlement dans les rues devenir la norme. Leur mantra : « Aucune femme, quels que soient son âge, sa couleur ou sa personnalité, ne mérite d’être sexuellement agressée ou de subir les gestes que d’aucuns désignent plus légèrement sous l’euphémisme eve-teasing (taquiner Ève). Pour en apprendre davantage sur les formidables initiatives de Blank Noise, écoutez cette entrevue avec Jasmeen Patheja (disponible en anglais seulement)

En Égypte, les cyclistes féminines ne sont pas monnaie courante. La société égyptienne condamne depuis longtemps les femmes montant à bicyclette, ce qui les empêche de les utiliser sous peine d’être physiquement harcelées ou de se faire dire que leur comportement est inconvenant ou « indigne d’une femme ». Toutefois, un plus grand nombre de femmes se sont récemment mises à faire du vélo, affirmant ainsi avec audace que ce n’est pas indigne d’une femme. Écoutez cette entrevue avec Yara Sallam, une jeune égyptienne, avocate et féministe ayant démarré un groupe Facebook appelé Women riding bicycles and scooters in Cairo (Les femmes roulent à bicyclettes et en scooters au Caire) (disponible en anglais seulement)

En dernier lieu, vous avez probablement vu et entendu la campagne publicitaire d’ONU Femmes. On y a superposé sur la bouche des femmes les résultats de recherche en saisie semi-automatique sur Google, abordant ce que les femmes devraient ou ne devraient pas faire. Pour en apprendre davantage sur ce qui a suscité cette campane et sur les discussions qu’ONU Femmes a générées en ligne avec #WomenShould, écoutez cette entrevue avec Nanette Braun, chef, Communications et sensibilisation chez ONU Femmes (disponible en anglais seulement)

Connaissez-vous une initiative exceptionnelle menée par de jeunes féministes qui luttent contre la culture du viol?

Pendant la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes, la Plateforme des jeunes féministes veut vous entendre. Partagez avec nous vos réflexions et vos idées sur ce thème. Vos commentaires pourraient être diffusés sur la Plateforme. Envoyez-nous un courriel à yfa@awid.org ou prenez contact avec nous sur Facebook et sur Twitter (#YFWire).

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