La Plateforme est un espace pour les jeunes féministes - en particulier les jeunes femmes - qui travaillent sur les droits des femmes et l'égalité des sexes dans le monde entier de se connecter, d'apprendre et de partager l'information.

En savoir plus

Dernières opportunités

Appel à participation

L’Action nationale pour mettre fin aux violences étatiques à l’encontre des femmes et des filles

Black Youth Project 100, Black Lives Matter, We Charge Genocide, Ferguson Action, et de nombreuses autres organisations ont choisi le 21 mai comme date pour l’Action nationale pour mettre fin aux violences étatiques à l’encontre des femmes et des filles dans tous les États-Unis. Cette date a été choisie pour rendre hommage aux « vies des femmes et des filles noires que la violence policière a sacrifiées, et pour amplifier les voix, les expériences et les demandes des femmes noires ciblées par la police. »[i]

La Plateforme de jeunes féministes s’est entretenu avec Charlene Carruthers du Black Youth Project 100 sur les raisons expliquant pourquoi la Journée d’action nationale est importante pour mieux faire retentir les histoires et les voix des femmes et des filles noires qui sont victimes de la violence étatique et ceux qui lutte contre cette violence.

La Plateforme de jeunes féministes : Comment vous appelez-vous et que faites-vous ?

Charlene Carruthers : Je m’appelle Charlene Carruthers et je suis la directrice nationale du Black Youth Project 100. Nous sommes une organisation nationale de Noirs ayant entre 18 à 35 ans qui lutte pour la libération, la liberté et la justice pour tous les noirs et nos actions se déploient dans une perspective noire, queer et féministe. Nous avons des sections à Chicago, Washington D.C., New York, à la Nouvelle Orléans et en Californie dans la Bay Area. Nos activités ont pour objectif principal de faire évoluer le développement des responsabilités, de se concentrer sur l’organisation de l’action directe et sur l’éducation politique ainsi que sur la promotion de politiques publiques. Nous sommes donc en fait un collectif de jeunes personnes noires qui s’efforcent de mettre sur pied une base nationale d’activistes qui auront les moyens de s’organiser afin d’accumuler le pouvoir nécessaire aux changements que nous désirons dans le monde.

La Plateforme : En quoi consiste la National Day of Action to End State Violence Against Women and Girls (Journée d’action nationale pour mettre fin aux violences étatiques à l’encontre des femmes et des filles), et pourquoi est-elle importante ?BWM521

CC : En mars 2012, Dante Servin détective du service de police de Chicago a tiré sur Rekia Boyd et l’a tuée dans une ruelle de Chicago. Il y a à peine un mois de cela, toutes les accusations retenues contre lui ont été suspendues à la faveur selon le juge d’un vice de procédure. Nous croyons que bien trop souvent, les personnes considèrent que la violence étatique ne s’exerce que sur les hommes et les garçons noirs cisgenres, mais nous savons que ce n’est pas le cas. La police ne tue pas seulement les femmes et les filles noires, mais fiche également leurs profils. Si vous êtes une femme noire trans aux États-Unis, on vous fiche abusivement en raison du genre que vous représentez et l’on suppose que vous vous livrez à des activités que l’état estime criminelles. Nous savons également que les femmes et les filles noires sont les victimes d’agressions sexuelles, de harcèlements sexuels et d’abus physiques de la part de la police. Pour nous, cette occasion est un acte de justice pour Rekia Boyd, et c’est un appel demandant le licenciement immédiat de l’agent Dante Servin. Il ne devrait pas avoir l’autorisation d’occuper un poste dans le service de police de Chicago. Nous ne croyons pas non plus que cette personne qui a causé la mort d’une jeune femme noire mérite une retraite ni qu’elle doive continuer à être payée par les contribuables américains de Chicago.

Cette journée concerne Reika, mais également celles et ceux qui agissent, quel que soit leur lieu de résidence, pour mettre fin à la violence étatique à l’encontre des femmes et des filles dans leurs communautés locales, car ces cas sont trop nombreux. Les histoires de Mya Hall à Baltimore, d’Aiyana Stanley-Jones à Détroit, de Marissa Alexander, de Cece Macdonald, la liste est sans fin. Ce sont des exemples de femmes qui ont trouvé la mort sous les coups de la violence étatique ou qui ont été injustement punies alors qu’elles se protégeaient.

La Plateforme : Vous avez mentionné le cas de Rekia Boyd, ainsi que d’autres personnes telles que Mya Hall et Marissa Alexander, mais nous n’entendons pas vraiment parler d’elles dans les médias. Pouvez-vous expliquer pourquoi il en est ainsi, et comment l’application par la police d’une conception binaire du genre explique en partie cette situation ?

CC : Dans de nombreuses communautés, nous sommes les témoins d’actes de violence commis contre les femmes et les filles noires chez elles, dans les rues, sur leur lieu de travail, dans les bureaux d’aide sociale, dans les hôpitaux, et dans les écoles. Nous vivons dans une société qui est depuis toujours profondément misogyne, profondément patriarcale, et qui pratique dans les deux cas un racisme exacerbé. À bien des égards, ce pays a été construit grâce aux corps des femmes noires. Et à bien des égards, les services des femmes noires ont toujours été largement contestés, l’état servant malheureusement d’arbitre décidant si les femmes noires ont été ou non les actrices de notre dignité dans ce pays. La police fait partie d’un système plus étendu, elle n’agit pas indépendamment. La violence étatique comprend la police, mais ne se limite pas à la police ; comme je l’ai mentionné (la violence étatique) s’exprime dans les bureaux d’aide sociale, elle s’exprime lorsqu’un vigile décide d’attaquer une femme noire trans, et qu’il n’est pas puni pour la violence commise à l’encontre des femmes noires trans en raison de ce qu’elles représentent. La police fait partie d’une structure plus vaste et mondiale qui nous dit que les femmes noires ne valent pas autant que nous.

La Plateforme: Que ressentez-vous lorsque vous apprenez qu’une femme noire a perdu la vie en raison de violences approuvées par l’état ?

CC : J’imagine que cela aurait pu être moi. Et dans de nombreux cas, il aurait pu en être ainsi. Je me mets à leur place. Et chaque fois je ressens aussi de la colère. Mais, je dois penser à ce que nous devons faire sur le long terme, comment nous devons construire le mouvement pour mettre fin à la violence étatique et comment mobiliser autant de personnes que possible à cette cause, car nous ne pouvons agir seuls.

La Plateforme: Durant la Première Journée annuelle d’action trans pour la justice sociale et économique en 2005 (First Annual Trans Day of Action for Social and Economic Justice), certains ont déclaré que « Les règles de comportement variant selon le genre, tout comme les règles concernant les races, ont toujours fait partie de l’histoire sanglante de cette nation. »[ii] En 2015, d’après vous que faudrait-il changer pour mettre fin à cette situation ?

CC : Je pense que les agents de police ne devraient absolument pas avoir le droit d’arrêter les personnes sur la simple hypothèse que ce sont des professionnelles du sexe. Nous devons également dépénaliser complètement l’utilisation de la marijuana dans ce pays. La détention en quantités limitées de marijuana constitue la première raison d’inculpation par les agents de police, et c’est également un des principaux postes de dépenses de la ville de Chicago qui a une incidence disproportionnée sur la population noire de la ville. Le président a également annoncé récemment qu’il allait réduire la militarisation des organismes locaux d’application de la loi. Il faut que toutes les agences d’application de la loi soient complètement démilitarisées. Je ne pense pas que nous ayons besoin d’autant de policiers. Telles sont les transformations dont je voudrais être le témoin.

La Plateforme: Durant la mobilisation du 21 mai, comment voudriez-vous que les personnes agissent ?

CC : Le 21 mai, j’aimerais que les personnes agissent de deux manières : d’abord, qu’elles enracinent leurs actions dans les histoires des femmes et des filles noires, je veux dire les femmes cisgenres, les femmes noires trans et les femmes noires ayant une expérience transgenre. J’espère qu’elles raconteront des histoires fondées sur ce qui est arrivé aux femmes et aux filles noires dans tout le pays, et qu’elles apporteront une plus grande visibilité à ces questions. Ensuite, j’espère que les personnes sortent, qu’elles entrent en contact et qu’elles effectuent le passage qui changera fondamentalement les institutions qui chaque jour oppriment nos populations. Cela signifie qu’il ne faut pas se limiter à exiger l’emprisonnement des policiers qui nous tuent, nous maltraitent et nous envoient en prison, bien que je pense que cela représente un comportement transformateur ; il faut plutôt exiger des systèmes réels de redevabilité, des systèmes réels qui disent « Cet argent que vous dépensez pour des services de police dans nos communautés devrait être dépensé pour des programmes de justice réparatrice, il devrait être dépensé pour des services de santé mentale, il devrait être dépensé pour créer des emplois. » Et comme je comprends que cela constitue un processus de longue haleine et que les personnes y arrivent à différents moments, quelles que soient leurs exigences, j’espère qu’elles modifieront les relations de pouvoir et amélioreront les vies des femmes et des filles noires.

Ce sera la première journée d’action nationale parmi de nombreuses autres qui suivront. Je pense qu’il est important de noter que c’est la première fois que nous organisons un tel événement, mais nous sommes engagés dans une longue lutte qui ne finira pas de sitôt.

Pour en savoir plus sur l’appel à agir pour mettre fin aux violences étatiques à l’encontre des femmes et des filles, vous pouvez consulter : https://inciteblog.wordpress.com/2015/05/18/a-call-to-action-to-end-state-violence-against-black-women-and-girls/. Vous pouvez également obtenir d’autres informations en suivant les conversations des hashtags  #JusticeforRekia #SayHerName #BlackWomenMatter sur les réseaux sociaux.

Lisez : Mettre fin à la violence générée par l’application des lois (Stop Law Enforcement Violence), boîte à outils créée par Incite!, une organisation nationale activiste de féministes radicales de couleur : http://incite-national.org/page/stop-law-enforcement-violence-toolkit

[i] Appel à l’action pour mettre fin aux violences étatiques à l’encontre des femmes et des filles noires : https://inciteblog.wordpress.com/2015/05/18/a-call-to-action-to-end-state-violence-against-black-women-and-girls/

[ii] Boite à outils INCITE! de l’organisateur sur la violence générée par l’application des lois à l’encontre des femmes de couleur et les transgenres de couleur: http://www.incite-national.org/sites/default/files/incite_files/resource_docs/3696_toolkit-final.pdf

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

vous pouvez aussi être intéressé par