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Les Brésiliennes vivant dans la pauvreté portent la plus lourde part du fardeau de l’épidémie du virus Zika

Fundo imagem ZIKAAu cours des derniers mois, on a beaucoup parlé de l’épidémie du virus Zika et de sa relation à des troubles neurologiques chez le fœtus. Alors que l’OMS annonce qu’il s’agit d’une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), cette situation a suscité l’intérêt des pays du Sud et du Nord. Le Brésil se situe à l’épicentre de l’épidémie. Compte tenu des bouleversements politiques et économiques qui y règnent, le pays se serait bien passé des projecteurs. Par contre, l’épidémie du virus Zika a suscité des débats plus vastes sur la situation des systèmes de santé publique et de santé au Brésil.

Le dernier bulletin épidémiologique diffusé par le ministère de la Santé du Brésil révèle qu’entre le 22 octobre 2015 et le 26 mars 2016, 6 776 cas suspectés de « microcéphalie et/ou d’autres altérations du système nerveux central chez les fœtus » ont été signalés (ce qui est déterminé en mesurant la circonférence de la tête du fœtus ou du nouveau-né; si les mesures sont inférieures aux normes de notification actuelles, il s’ensuit une série d’examens médicaux visant à confirmer ou à infirmer le diagnostic). De tous les cas signalés, 944 ont été confirmés, alors que 4 291 demeurent sous investigation. Bien qu’il soit courant d’évoquer la microcéphalie dans le contexte entourant l’épidémie, il s’agit par ailleurs d’une description inexacte des liens possibles entre le virus Zika et les troubles neurologiques chez les fœtus. En réalité, la microcéphalie n’est que le premier symptôme consigné à la notification périnatale de cette nouvelle condition, que la communauté scientifique appelle le syndrome congénital du virus Zika, qui pourrait englober d’autres malformations graves. Debora Diniz de l’Anis – Institute of Bioethics explique ici (anglais et espagnol) plus en détails le fonctionnement du processus de notification et de confirmation.

Bien que l’épidémie soit d’ampleur nationale, elle est concentrée au nord-est du pays et génère des incidences touchant d’abord les femmes vivant dans la pauvreté en âge de procréer. Ces femmes composent avec des conditions sanitaires précaires et un accès irrégulier à l’eau salubre, ce qui contribue à la prolifération des maladies transmises par les moustiques. De plus, elles ont un accès limité aux services et aux renseignements en matière de santé. Lorsqu’elles sont enceintes, il se peut qu’elle soit la cible de torture psychologique. Considérant les questions scientifiques qui demeurent sans réponse, elles ne savent pas avec certitude si et quand le virus Zika pourrait influencer leur grossesse ou leur propre santé. Elles n’ont pas le droit d’interrompre légalement leur grossesse et ne peuvent financièrement se permettre de recourir à un avortement illégal, mais sans risque. Elles ne disposent pas des moyens de prendre soin des enfants possiblement infectés. La couverture de l’épidémie a démontré que de nombreux partenaires ont abandonné ces femmes au cours de leur grossesse ou très tôt après leur accouchement, suivant le diagnostic du syndrome congénital du virus Zika. En plus des mesures de protection restreintes à l’égard de la maternité et de l’enfance que met en place l’État brésilien, cette situation a exacerbé le fardeau des soins que doivent prodiguer les Brésiliennes vivant dans la pauvreté. Il ne fait aucun doute que l’épidémie a des incidences particulières et traumatisantes sur les femmes, leur santé, leurs besoins sur le plan de la protection sociale et sur leurs droits, plus précisément sur leurs droits sexuels et reproductifs.

En dépit de tous ces faits, nous constatons que l’État brésilien a négligé les besoins primaires de communautés entières en matière de santé et qu’il n’agit pas assez rapidement en réponse à l’épidémie. Qui plus est, certains politiciens du Congrès brésilien choisissent cette crise pour faire valoir leurs visées fondamentalistes et conservatrices, portant atteinte à l’intégrité corporelle des femmes, en proposant notamment l’adoption d’un projet de loi (PL 4.396/2016) qui augmenterait jusqu’à quinze ans la durée des peines de prison pour un avortement lié à la microcéphalie. Il est manifeste qu’au Brésil, le fait de renforcer les lois entourant l’avortement ou d’en restreindre l’accès aura principalement des répercussions chez les femmes vivant dans la pauvreté. Et ce sont précisément ces femmes qui sont les plus nombreuses à être affectées par le virus Zika et qui donnent naissance à des nouveau-nés qui présentent des anomalies neurologiques. Ce sont elles qui ont le moins accès aux services de santé et à l’exercice de leurs droits, mais qui doivent porter la plus lourde part du fardeau de l’épidémie. Ce que le virus Zika a apporté aux Brésiliennes consiste à mettre en lumière les inégalités croissantes au pays, pour ce qui touche notamment le revenu, le genre et les lieux géographiques. Pour les femmes du Brésil, la justice reproductive constitue plus que jamais un impératif.

Au Brésil, l’Anis – Institute of Bioethics (anglais, portugais, espagnol) prépare une cause à plaider devant la Cour suprême du pays. On y appelle une série complète de mesures visant la planification familiale et la protection sociale liée à la maternité et à l’enfance, y compris l’accès à des renseignements de qualité sur l’épidémie et ses risques; le droit à un avortement légal et sans risque si la femme le souhaite, compte tenu de la possible torture psychologique que représente le fait de mener une grossesse à terme pendant une épidémie dont les effets sont encore inconnus; et, pour les femmes qui donnent naissance à des nouveau-nés portant un handicap, la protection sociale aux femmes et aux enfants, y compris la réclamation immédiate d’une politique de transferts en espèces. Le message le plus important que transmet cette cause consiste à affirmer qu’en dépit des incertitudes scientifiques actuelles, la souffrance des Brésiliennes qui sont enceintes est bien réelle et qu’elle ne peut être tolérée ou ignorée. Elle exige que l’État brésilien reconnaisse que la promotion de la santé reproductive et sexuelle des femmes constitue une condition essentielle à la protection de la santé publique, indépendamment de toute épidémie, en plus de convenir que l’autonomie sur le plan de la procréation et les droits des personnes portant un handicap représentent des sphères entièrement compatibles et intersectionnelles. Visitez le blogue Anis Vozes da Igualdade pour en apprendre davantage sur ce litige stratégique.

L’organisation Sexuality Policy Watch a compilé une excellente liste de ressources et d’actualités (anglais, portugais et espagnol) de partout au monde sur la crise du virus Zika et sur ses incidences sur les femmes.

Rédactrices : Marisa Viana (RESURJ) et Sinara Gumieri (Anis – Institute of Bioethics)

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