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Mettre en pratique la solidarité féministe dans les moments difficiles que connaît le Brésil

Une crise ouvre toujours des possibilités, et celle que traverse actuellement le Brésil est une occasion formidable de manifester une solidarité féministe nouvelle. La crise économique, politique et sociale brésilienne est complexe mais totale, et dans ce contexte historique où les changements s’enchaînent rapidement, une chose est sûre : dans tous le pays, on porte atteinte aux droits des femmes, et plus particulièrement à ceux des femmes noires et autochtones des communautés à faibles revenus. Ne serait-ce que dans les six derniers mois, différents hommes politiques ont fait voter des des projets de lois visant à durcir les circonstances dans lesquels les victimes de viols peuvent légalement recourir à l’avortement, à criminaliser la contraception d’urgence et à établir le fait que la vie commence dès l’instant de la conception. Dilma Rousseff, la première présidente du pays, a été suspendue de ses fonctions et le président par intérim ainsi que les membres de son gouvernement sont désormais tous des hommes blancs engagés dans la mise en œuvre d’un programme économique néolibéral. Depuis leur arrivée au pouvoir, le Brésil a perdu 22 places dans le classement mondial des pays en matière d’égalité de genre, et la situation risque de s’aggraver[1]. Cette crise est un moment historique pour le mouvement brésilien des femmes, un moment de solidarité et d’expansion, un moment de lutte revigorant qui rappelle que toutes les femmes doivent prendre part à ce combat. De nouveaux visages féministes ont fait leur apparition et mènent cette nouvelle lutte : de jeunes féministes qui ont grandi avec Internet et utilisent les médias sociaux et la technologie pour apprendre, débattre, mobiliser, mais aussi pour parler de solidarité féministe.[2]

En cette période difficile pour le Brésil, la solidarité féministe propose de dépasser les frontières politiques, personnelles, sexuelles, raciales et intellectuelles. Les féministes brésiliennes ont des profils très divers, et on trouve parmi elles des représentantes du féminisme intersectionnel, libéral, noir, trans*, jeune et radical. Elles plaident en faveur de nombreuses causes, parmi lesquelles les droits reproductifs, la justice environnementale, les droits des personnes autochtones, les droits civils des Noir-e-s, l’éducation mais aussi les questions liées à la pauvreté et à la classe ouvrière. C’est un sentiment de révolte et d’urgence qui a rassemblé les féministes de tous bords, d’abord sur Internet puis dans réalité. Ces mobilisations et débats sont nés sur Internet, ce qui signifie que ce sont de jeunes féministes et de jeunes femmes qui ont créé cette « vague » féministe. Elles ont été à l’origine de bon nombre des manifestations et évènements féministes organisés au sein de leurs communautés, notamment des occupations de lycées et des débats et ateliers qui y ont été menés. Les campagnes sur internet comme #MeuPrimeiroAssedio (ma première agression) et #ForaCunha (Dehors Cunha – une campagne contre Eduardo Cunha, un homme politique puissant et sexiste) ont été principalement le fait de jeunes femmes et ont recueilli des centaines de milliers de publications sur Facebook et Twitter. En novembre 2015, cette mobilisation a conduit à ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Primavera das Mulheres (ou Printemps des femmes), une période durant laquelle des dizaines de milliers de femmes ont manifesté dans toutes les villes du Brésil pour demander la destitution des responsables politiques sexistes et l’abrogation de lois sexistes. Depuis octobre 2015, les féministes n’ont cessé d’organiser des manifestations de masse dans tous le pays pour défendre la présidence légitime de Dilma Rousseff, la démocratie ainsi que d’autres priorités féministes comme la lutte contre la culture du viol. Le mouvement a atteint son paroxysme le 1er juin 2016, date à laquelle la plus grande mobilisation féministe de l’histoire brésilienne a permis d’organiser des manifestations dans plus de 100 villes du pays. Les féministes sont en train de prouver au Brésil et au monde entier qu’elles savent que la solidarité est un outil à la fois nécessaire et puissant qui n’efface pas pour autant les différences d’opinion et d’identité.

Ani Phoebe Hao - Agora JuntasAni Phoebe Hao est une jeune féministe qui vit à Rio de Janeiro, au Brésil. Elle est la fondatrice d’Agora Juntas, un collectif féministe collaboratif qui œuvre à la construction d’une maison collaborative féministe destinée à accueillir les mouvements et les femmes féministes de Rio de Janeiro. Chercheuse et consultante en plaidoyer, elle se consacre aux jeunes féministes, aux droits reproductifs et aux politiques destinées à la jeunesse.

 

[1] Wentzel, Marina. « Sem ministras, o Brasil cai 22 posicoes em ranking de igualdade. » 25 mai 2016. <http://www.bbc.com/portuguese/brasil-36355724>

[2] Rossi, Marina. “As mulheres brasileiras dizem basta.” 4 novembre 2015. <http://brasil.elpais.com/brasil/2015/11/03/politica/1446573312_949111.html> (en portugais)

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