La Plateforme est un espace pour les jeunes féministes - en particulier les jeunes femmes - qui travaillent sur les droits des femmes et l'égalité des sexes dans le monde entier de se connecter, d'apprendre et de partager l'information.

En savoir plus

Dernières opportunités

Appel à participation

Cette année, j’ai enfin rayé mon violeur de ma liste d’amis

Ce billet porte sur le viol que j’ai subi et montre que le fait que j’aie été en contact en ligne avec mon violeur et ses ami-e-s après l’agression m’a réduite au silence et poussé à m’autocensurer. J’avais alors 16 ans. J’ai maintenant 22 ans et, désormais fière de m’exprimer, je réalise que je n’ai que récemment commencé à bien comprendre et à intégrer ce qui m’est arrivé grâce, principalement, à mes lectures et aux échanges que j’ai pu avoir par le biais des blogs féministes et de groupes Facebook. Je progresse enfin dans le traitement de la dépression dont je souffre et je viens tout juste de choisir d’orienter mes études vers la psychologie ! J’espère être bientôt en mesure d’accomplir des choses positives pour les femmes.

Le lendemain du viol, je suis rentrée chez-moi et mon violeur m’avait envoyé une demande d’ami Facebook. J’avais aussi reçu des demandes similaires provenant des autres personnes qui étaient sur place ce soir-là et j’avais été taguée dans plusieurs photos. Sur ces photos, je riais, je tenais des canettes de bière, j’étais assise sur les genoux de mon violeur, etc. La plupart des gens avaient l’air heureux, buvaient et s’embrassaient ; il y avait beaucoup de bikinis sexy et de sourires enivrés.

J’ai accepté toutes les demandes d’ami-e-s, liké certaines photos, écrit quelques commentaires et souri. Quelle belle semaine.

« Ledit Violeur » m’a immédiatement écrit :

« Hé bébé ! La soirée d’hier était hot ! J’espère que tu es rentrée sans problème. On se parle par Skype bientôt ? »

Attends, me suis-je dit, peut-être que je ne sais plus où j’en suis ? Apparemment, ce n’était pas un viol ? Je n’ai pas envie de te parler par Skype. En fait, je ne veux plus jamais te revoir. Je crois que ce tu m’as fait, c’était très mal.

« Salut toi ! Oui, oui, c’était Oui, parlons-nous bientôt ! Câlins. »

Quelqu’un m’avait volé mon collier, j’en étais certaine. Il était fermement attaché à mon cou depuis deux ans. Maintenant, il ne restait qu’un hématome rougeâtre à la place. J’avais aussi des ecchymoses sur les hanches ainsi que des morsures sur les cuisses et les seins. Il y avait du sang dans ma culotte et j’avais des coupures et des brûlures dans mon vagin. Peut-être que j’aime vraiment que ce soit brutal quand je suis ivre ? C’est peu plausible. Je n’avais jamais eu de rapports sexuels, je n’avais même jamais vu un pénis en vrai et ne m’étais jamais montrée nue devant personne. Je n’avais jamais eu de rapports sexuels avant. Comment pouvais-je avoir consenti à quelque chose d’aussi violent, que je ne connaissais pas et dont je ne me souvenais absolument pas ? Est-ce que les parties génitales d’une autre personne m’avaient à un moment pénétrée ? Je ne crois pas avoir voulu ça.

« Hé Maria ! Ça va ? Pas eu l’occasion de dire au revoir hier soir ! J’ai entendu que tu étais avec Ledit Violeur?? Des détails !! Bisous. »

Oh oui, Kathy, je suppose que j’étais avec Ledit Violeur. Je n’ai pas de détails, mais toi, est-ce que tu en as ? Tu ne nous as pas vus quitter la fête ? J’étais ivre, il tentait de me ramener à ma chambre et, moi, je ne voulais pas. J’ai même brisé une lampe alors qu’on sortait. Vous étiez encore assis sur le divan et vous riiez. Kathy, qui était cette personne que j’ai rencontrée au petit matin ? Je suppose que c’est elle qui a diffusé la bonne nouvelle ? J’ai demandé de l’aide. Elle m’a tapoté l’épaule en riant,

Quelle folle soirée !

Oui, c’était fou. Je n’ai plus mes chaussures, ni mon téléphone. J’ai physiquement mal. J’ai un drôle de goût et une étrange sensation dans la bouche. Est-ce que tu peux m’aider ? Ledit Violeur n’est pas ici. J’étais bel et bien avec lui, non ? Oui, peut-être que nous avons bu et que nous avons décidé de coucher ensemble dans le jardin. J’ai oublié. Oui, peut-être qu’il est parti encore saoul et confus.

Ok, merci Kathy. Je me souviens maintenant, j’étais juste un peu troublée.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

vous pouvez aussi être intéressé par